Sylvain PAWLAK - Extrait des billets impopulaires
LE NOUVEAU MONDE LITTERAIRE PARISIEN
Dans une auberge deux hommes partagent leur vision sur l'écriture.Ils se disputent pour l'un , la citation et pour le second , le nouveau "style littéraire urbain". La citation étant devenue l'indispensable matériau dont certains connaîtraient l'essence même : la vérité.
Un dialogue ne vaut la peine d'être engagé que sur ce principe si peu largement usité, la citation, par nos deux fins compères ...
-France ! Qu'es-tu devenue ! Ta capacité de révolte sent le roussi !
-Pourquoi scandes tu le nom de France ! Tu n'es pas capable de nommer en personne ? France , France , belle façon pour se dévoyer !
-Q'importe ! la France aux Français ! Je nomme qui je veux bien nommer ! Je sais ce qu'il me plait à dire , je ne vois plus un homme se révolter. Pas un ! Où sont-ils nos intellectuels ? Nos maîtres à penser ? Un Sartre ? Un Edern Allier ? Bachelard c'est mieux non ? Romain Rolland ?
- Un Begbeidder ?
- Quoi ?! Triste et pauvre réalité ! Tu veux dire, entre autre , l'engeance des vomiracités ?
- Vomiracités ??
- Oui, vomir à citer !
-Je ne vais pas entrer dans ce jeu du pointeur de doigts ! Je relève juste l'intense médiocrité qui pullule, je n'accepte pas l'ineptie , la décadente mode du style urbain , qui se concocte un doux lit pudibond en vase clos , pour ne pas dire en partouze parisienne, la quintescence même du comment "savoir-penser" , en suffisance hautaine à peine cachée. J'ai honte , honte pour les vomiracités.
-Mais très justement , ce style littéraire est novateur ! Qui n'a jamais cité ? Cela reste tout bien naturel, je dirais même, élément indispensable à tout esprit éclairé que de citer ! Qui peut prétendre à un lectorat, si, non sans ingéniosité, peut , à la volée , nous faire entendre la belle et sacrosainte citation qui viendra étayer un propos !
- En effet, cette espèce de suffisance est insupportable, elle me glace et me gêne !
-C'est là , la preuve indiscutable de ton "Samsara" à la Française. Ton ignorance pour mieux cacher ta désespérance littéraire, la vacuité de tes propres idées , biaisées, alambiquées, surranées... Pauvre Marcel , va donc te rassasier auprès de ta vielle maîtresse si fidèle ! Ta si belle frustration en bouteille !
-O , belle faiblesse ! Tu insultes !
-Non , je te mets face à ta réalité , mon pauvre Marcel ! Il te faut d'abord croire , puis boire, pour enfin... choir ! Ce n'est pas mon choix , mais le tiens !
-Il est beau le cocu ! Il va nous faire la leçon ! Maîtresse en bouteille ! Tu parles ! Regarde au fond de ta propre vieille bouteille ! Toi le prof raté , qui se prends pour le dernier Vicaire du Christ ! Vieux pape ! Vieux con ! Déjà rattrappé par ton pote de chambrée là tu sais ! ...
Comment déjà qui s'appelle ton vieux pote ? Alzeimer ? Oui c'est ça Alzeimer , ou peut être bien Ratzinger ! Cousin proche sans doute, maugra t-il. Pauvre sot ! J'suis peut être pas au café Flore tous les dimanches , mais alors toi mon ami, pour en revenir aux femmes , j'ai pas connaissance d'une plus rapide "lève-la-cuisse" que ta belle Yolande !
-Qui insulte ? La faiblesse de l'homme réside bien dans cette douce facilité. Bien plus que tes "vomiracités", arrête donc tes palabres , tu n'es pas peu fier , mais tu perds ton temps , tes insultes sont vaines , bien comme tes attaques pauvres et trop souvent répétées, va donc te coucher !
Mon "pote" Alzeimer , comme tu cris si fort au ciel , viendra bien un jour faucher pernitieusement ta vieille branche humaine , on y a tous droit , du prof au syndiqué , jusqu'au dernier né des derniers nés ! Ne fanfaronne pas trop vite ! Avant qu'Alzeimer ne fasse son admirable travail révoltant , tu seras déjà bien loin, sans plus de mémoire, sans plus de souvenirs , sans plus même de dignité , là réside la triste et simple vérité, un jour, quelques pieds sous terre, là, il sera bien tard pour cracher l'opprobre, crois moi , inutile de resister (...) Quoique la bouteille aidant (...)
-De tout temps , elle aide figure toi !
-Qui donc ?
-La bouteille vieux Pape !
-Châteauneuf ? ou ....?
-Châteauneuf ? ... Mais qu'est-ce que tu racontes ! Dans le temps , elle a toujours aidé la bonne bouteille ! Les écrivains ! Comment que tu crois qu'ils trouvent l'inspiration ? ! Ba, c'est bien comme ça , un verre , puis deux , et là !! Miracle de la page qui ne sera finalement jamais blanche !
-Tu délires , mon pauvre Marcel ! Bon alors soit , les écrivains n'ont qu'une compagne fidèle ... c'est la plume !
-Plume dans le cul ! Pédants ! Voilà ce que sont tes écrivains du Nouveau Monde ! Des pédants ! Suffisants ! Ha ! Pour le coup , ça calme ! Tu sais plus quoi répondre maudit vieux bougre ! J'ai raison , ça coince hein !!
-Ta vision est loin de la vérité , ton agacement est le signe de ton ignorance
-Tu te répètes pépé Alzeimer, ça commence tu vois !
-O , de grâce ! Epargne moi tes sarcasmes ! Laisse moi donc en placer une !
-Il est possible que l'écriture ne vienne pas seule sans aide aucune, mais le travail d'écriture est noble...
-Noblesse Oblige !
-Oui !! Noblesse Oblige ! c'est déjà une référence , référence du 7ème art , mais tout de même , oui une référence!
-Noble de quoi !! toi le hérault d'une "no tombe" et d'une amélie trop bien arrosée au vin blanc !
-Mais de qui parles tu en la sorte ? Amélie ? No tombe ? Où vas-tu chercher pareille sornette ?
Une tombe ? Une homélie trop bien arrosée au vin blanc ? Oui certes ça fait moins tâche sur les aubes dominicales ! Peut être !
-Ha !!! ba voilà , tu vois , tu perd pas le nord ! Tu sais boire, heu, voire O pardon ! Quand tu veux !
Le vieux prêtre de la paroisse , il sait de quoi on parle hein ! Tu le fréquentes assez ! T'as bien raison , qui dit que c'est pas vrai tout ça ! Parce que du vin rouge dans le calice du dimanche ça ferais des dégats n'est-ce pas !!
Les deux compères savourent ce moment de triste allégresse , mais l'un ne déroge pas , il faut reconnaître qu'aujourd'hui bien mal à qui ne cite jamais ...
Vin rouge ou vin blanc , les sachants ont toujours une idée d'avance et ne rechignent pas aux doux plaisirs des sens ...
Fin de non-recevoir, du poltron avisé, au prof raté en passant par un curé défroqué , bien mal acquis ne profite jamais !
-L'addi' c' tion si vous plait ! L'addition !
-Très bien Monsieur Marcel, l'addiction est là pour sûr ! La diction on repassera , et l'addition la voilà !
Sylas PAWLAK
